C’est tout simplement un des plus beaux films qui soient voilà. C’est éprouvant, plein de souffrance, c’est totalement
burlesque et fou, c'est drôle, c’est extrêmement bien joué et en même temps joué en décalé total, une succession de petites scènes, mais l'impression d'un plan en continu, des raccords
mal faits mais de belles imageset une grande cohérence, une super bande son, et les dialogues, la richesse des thèmes abordés : la filiation, le rapport au père, la perte, la solitude,
l’abandon, l’amour, la mort et surtout la folie.
La folie, personnellement ça m’a toujours fasciné : on est souvent proche d'y sombrer, non?
Si vous n'avez pas vu ce film, regardez le : si cela vous parait trop intellectuel, n’essayez de tout comprendre, on s’en fout, c’est tellement riche on peut pas tout percevoir à la
première vision, et ce n’est pas le plus important : laissez vous porter, vous trouverez sûrement des scènes qui vous toucheront ou du moins vous parleront. Moi j'ai adoré le
revoir.
Quelques citations :
« aimer c’est n’avoir pas à demander »
« - Excusez-moi mais les femmes c'est pas pareil que les
hommes.
- C'est à dire ?
- Vous n'avez pas d'âme.
- Parce que je suis une femme ?
- Ne me regardez pas comme ca, vous avez déjà vu une femme prêtre ou une femme rabbin ? Je ne dis pas bon; vous avez certainement autre chose à la place mais enfin je me vois mal parler de
mon âme avec vous.
- Un peu insultant pour les femmes non ?
- Mais non. Les hommes ça vie sur une droite et les femmes vous vivez dans des bulles. Je ne sais pas ; des petites bulles où vous devez passer de l'une à l'autre, des petites bulles où il
doit y avoir des intersections pas ça doit être des petites bulles de temps j'imagine. Et nous, les hommes on vit sur une droite, une seule ligne. Nous, on vit pour mourir.
- Et les femmes elles vivent pourquoi ?
- Vous vivez quoi, nous on vit pour mourir (...)
- c'est quoi votre définition de l'âme ?
- une âme, c'est une manière de négocier au quotidien avec la question de l'être. »
« j’avais 33 ans, c’est jeune pour un homme mais moi je suis déjà une vieille femme »
« Ma petite fille tu es
âcre, froide et superficielle comme du lait caillé. Je suis en colère contre toi. Ta fierté a tourné en une vanité aigre. Ton orgueil est devenu une coquetterie stupide. Aujourd'hui tu es une
outre d'amertume. Je te crains, je te hais ma petite fille. Je voudrais que tu aies mon cancer et que tu souffres et avoir du temps pour te pardonner. Alors je meurs dans la colère. Je ne
supporte pas que tu me survives, je voudrais que tu meures à ma place »
« Il faut toujours prévoir que, évidemment on a raison mais que c'est toujours possible qu'on ait
un peu tort en plus. Et avoir un peu tort c'est une très bonne nouvelle ça veut dire qu'on n'a pas toujours toute la bonne solution et que la vie va être bien plus étonnante et bien plus pleine
de surprise que ce que l'on croyait »
Entretien avec Arnaud Desplechin par Louis Guichard et Jacques Morice pour Télérama
n°2868, du 1er au 7 janvier 2005 :
« Les rôles féminins
du cinéma français ont tendance à maigrir. Nos actrices jouent trop les gentilles soeurs. Si une femme est déprimée à l'écran, c'est pour de petites raisons. Pourquoi ne pas montrer une femme
dans sa gloire, à la conquête d'elle-même ? (…) On oublie trop souvent le côté tragique et renversant de nos propres vies. On va au cinéma pour ça, pour retrouver les émotions fortes qu'on a
vécues. Aller vers le mélodrame, c'était notre intention, via le personnage de Nora, qui sait le prix de la légèreté parce qu'elle a traversé l'horreur. Ismaël, lui, n'a rien connu, il est
persuadé d'être tragique, il s'obstine dans un désir de tragique qui ne se concrétise pas... En creusant à la fois les péripéties burlesques d'Ismaël et le destin de Nora, on a découvert leur
force vitale. Qu'est-ce qu'on fait quand on rencontre le pire ? Eh bien, tous les deux restent vaillants, Ismaël sur un mode dérisoire que je trouve très sport, et Nora, qui reprend le cours de
son existence comme si de rien n'était. Waaaooh, ils survivent ! "