Je ne suis pas beaucoup sortie avec des garçons (jamais avec des filles d’ailleurs : j'ai tout simplement jamais été attiré
par une fille). Mais bon, des moments forts en peu de temps j’en ai connu quand même, oui : peut être un peu plus forts que d’autres qui ont eu l’habitude pendant les années d’adolescence
d’avoir des flirts. je ne sais pas. Je me suis longtemps sentie anormale de ce point de vue, ce n’est pas parce que je n’en avais pas envie, mais parce que les garçons ne me voyaient pas, peut
être parce que je ne me voyais pas moi-même. J’ai gardé des souvenirs de ces moments et j’ai gardé des lettres, des bouts de papier, des impressions.
De temps en temps, redéfilent dans ma tête les premiers baisers. Les premiers baisers depuis celui qui pour la première fois
a compté.
Un soir de janvier il y a quelques temps maintenant, une réunion de boulot dont je m’en vais en plein milieu, j’ai un rendez
vous : il a fait un détour pour venir me chercher en voiture, il m’amène dans un resto très chic, bien sur que je suis un peu troublée mais je ne réfléchis plus à ce moment là de ma vie, et
puis je me dis que je me fais des histoires de toute façon. Mais il est bien ce garçon, on a beaucoup de goûts en commun, il m’écoute, me laisse l’écouter aussi, on est les derniers à sortir du
restaurant. Il me remet mon écharpe, me dit qu’il pourrait arriver des choses c’est la pleine lune. Mais pour moi à ce moment là je n'y crois pas, c’est peut être le début d' une amitié
entre nous, en tous cas, il n’est pas intéressé: à constater notre entente je me serais presque fait des histoires de toute façon. Il fait un détour encore pour me ramener chez moi (mine de
rien à ½ heure de sa route, et il y a du brouillard), je l’invite à prendre un café ou un thé avant qu’il ne rentre chez lui à un peu plus d’une heure de là : je ne pense à rien d’autre. On
discute encore, on pourrait ne jamais s’arrêter, mais il est tard, on bosse le lendemain et il a de la route. Sur le seuil, porte ouverte, il se retourne vers moi et se penche pour m’embrasser,
je pense qu'il veut seulement sur les joues, mais non et il me plaque contre un mur dans mon entrée : « il faudrait fermer la porte... » « non.. vas y...
pars... ». Le lendemain, les jours suivants, ce baiser reste en moi. Il m’a reconnu. Il m’a ouverte à moi-même. Après lui, tous les premiers baisers ont laissé en moi une trace, moins forte
mais quand même une trace.
Aujourd’hui, il est encore pour moi ce qu’il a été ce jour là : une
vraie première fois (même si celle à laquelle vous pensez n’est venue que quelques jours après, on a laissé la porte entrouverte ce soir là, c’était déjà trop fort pour moi, un vrai premier
baiser.) Il est loin d’être parfait, très très loin même, il avait et a toujours une copine avec laquelle il vit, il va juste voir ailleurs ; il m’a posé des lapins, beaucoup, souvent, sans
prévenir, sans s’excuser après; il n’a jamais eu de gestes de tendresse (à part cet effleurement du sein en partant toujours) mais il est là quand je veux parler, il m’écoute et il devine les
situations, il me donne confiance, il m’encourage, il me fait prendre conscience de l’importance de profiter des choses de la vie tout simplement, il m'a appris que l’on peut transformer une
relation en quelque chose de différent trouver un équilibre ; on ne se promet rien, même pas d’honorer nos rares rendez vous : il est tout simplement la personne qui m’a fait commencer
ma transformation de fille en femme, qui continue de le faire à travers nos conversations (il me dit qu’il va se reconvertir en psy, c’est vrai qu’il joue presque ce rôle pour moi), qui vient
constater de temps en temps le chemin parcouru en ce sens. Je crois que ce n’est même pas la peine que je lui dise, il le sait déjà en quelque sorte : je me demande parfois comment il me
voit, peut être juste comme un bon coup qu’il peut se taper de temps en temps et une fille qui le fait rire ou chier avec ses histoires d’amour et de cul, mais je n’ai sans
doute pas besoin de le savoir, c’est juste comme ça, et c’est très bien ainsi.
J’aimerais avoir des relations comme ça avec les ex qui ont comptés, enfin
je veux dire pas nécessairement la même chose qu’avec lui bien sûr, mais juste équilibrées, simples sans histoire: juste ce qu’on veut l’un de l’autre et ce qu’on peut avoir.Mais visiblement
c’est plus compliqué et je ne sais pas pourquoi. Par exemple, monsieur je-te-quitte-mais-je-t’apprécie-il-me-tarde-de-te-revoir-je-vais-pas-bien-depuis-que-je-t’ai quitté, m’a téléphoné il y a 10
jours et m’a dit que ce serait bien d‘aller boire un verre ensemble (ok, ok c’est moi qui l’ai amené à me demander ça, mais vu son attitude pas claire, j’ai envie qu’il s’explique un peu, alors)
qu'il avait pour l’instant un agenda chargé, mais qu’il m’appellerait le week-end d’après. Bien sûr il a pas rappelé, il ne rappellera sûrement plus jamais, alors pourquoi ne pas
l’avoir dit tout simplement ? pourquoi cette lâcheté ? Il est sorti avec moi parce que je l’attirais peut être mais aussi parce qu’il ne connaissait personne dans cette ville, il a
voulu qu’on reste amis après pas parce qu’il m’apprécie mais parce qu’il ne connaît personne dans cette ville : là pour l’instant, il a un agenda chargé, il doit avoir des horaires de
travail qui le laissent à plat et il a des jours pour rentrer chez lui où je le sais il a sort avec une fille, alors forcément moi, je n’existe plus : je le comprends par moi-même tout ça,
mais pourquoi me dire autre chose ? Pourquoi se contenter de penser : elle va bien comprendre toute seule ? ben oui, je suis pas totalement idiote quand même, mais j’aime pas
me sentir conne, et en ce moment, clairement, je le suis. Mais j’ai décidé que c’était fini : alors c’est moi qui vais lui dire, tout ce que je pense de son attitude, si jamais il
rappelle, comme ça on n’en parlera plus, qu’il le prenne comme il veut. Mon dernier effort sera de lui souhaiter un bon anniversaire demain par sms rien de plus (je sais je suis trop
gentille:raaaaaaaaaaaagh) et après je téléphonerais à ma première fois parce qu'il faut vraiment qu'on se voit.